Le Boeuf Gras, solennel et
impavide, a sillonné
les rues du 19e arrondissement
Sans les pom-pom, sans les pompiers, mais avec les gardes à cheval qui
ouvraient et fermaient la marche d'un cortège dont le personnage central
était un boeuf roux, ce fut hier pour les populations qu'on dit paisibles du
XIXe arrondissement jour de fête et, en même temps, jour de gloire.
Fête de la corporation bouchère donc d'origine médiévale, le cortège du
Boeuf gras ressuscite aussi dans une ambiance que ne renierait pas Jacques
Tati, les antiques rites sacrificatoires. Ce boeuf promené en char dans les
rues du XIXe arrondissement qui prend soudain, à l'occasion de cette
solennité, conscience de son autonomie administrative, et même de son
originalité sera immolé.
Comme les autres...
Cuirs et peaux...
...Y avait d'abord les "gard' à ch'val", donc leurs montures, dont les
crottins indiquaient aux "officiels" édiles ou organisateurs, la route que
suivrait depuis La Villette (où il retournera une dernière fois, mais sans
cortège) le Boeuf gras, patriotiquement enrubanné de tricolore.
Sacerdotalement suivi de jeunes bouchers en uniforme, élèves de l'Ecole
supérieure de la boucherie, à l'insigne curieusement angélique (un agneau
blanc sur fond d'azur), le boeuf, impavide, secret au milieu des cris et des
applaudissements, jeta parfois des regards plombés vers les verdures
bucoliques des Buttes Chaumont.
Méprisant toute fausse délicatesse et négligeant les transitions, le
Comité des fêtes du XIXe fit suivre l'admirable et pitoyable victime de deux
chars décorés de graphiques. L'un montrait quelles pertes avec toute sa
graisse et ses os, ce sale boeuf occasionnerait à la corporation bouchère ;
l'autre exaltait opportunément l'industrie présidentielle des cuirs et peaux.
Apothéose
Face à la mairie haut lieu du XIXe, ce fut l'apothéose : la Fanfare de
la Ville de Paris et les sonneurs de trompes du Rallye Villette (placides
tueurs mélomanes) qui n'avaient cessé de déverser leurs accords martiaux,
conjuguèrent leurs harmonies. Et comme on a, dans le XIXe le sens de la
grandeur nationale, des grosses caisses, des clairons et des tambours surgit
la "Marseillaise".
Ce n'était qu'une étape. La minute fut-elle trop grande et l'émotion
trop forte ? On ne sait ce qui se produisit, mais la discipline jusque-là
implacable, se rompit. Une partie du cortège était déjà au bas de la rue
Laumière que l'autre s'attardait encore sur la place de l'hôtel de ville.
Les retardataires ayant plus de 200 mètres de handicap, fanfares, chars,
garçons bouchers, "gard' à cheval" dévalèrent la rue au galop ou au pas de
course pour rejoindre le Boeuf gras et les officiels...
Et derrière eux, tout le XIXe.